ACOUPHENES, la rumeur du monde

300, de Zack Snyder

Les films que l’on va voir avec un mauvais a priori sont parfois les meilleures surprises : on n’en attend pas grand-chose alors on est souvent agréablement surpris.

 

Malgré une certaine appréhension de ce type, cela n’a pas été le cas pour 300.

 

Pour commencer, l’affiche est quasiment mensongère : « par le créateur de Sin City » ! Le film est adapté d’une bande dessinée du créateur de la bande dessinée Sin City. Mais le créateur du film 300 n’est que celui de L’armée des morts, le remake tout juste passable de Zombie, le chef d’œuvre de Romero. Ce n’est pas pareil du tout !

 

Et le film ne va pas démentir cette première impression d’arnaque…

 

Il y avait pourtant là matière à chef d’œuvre. Cette histoire de spartiates intégristes accomplissant ce pour quoi leur société les a façonnés ne manque pas d’intérêt. La bataille, désespérée tant le surnombre de l’assaillant Perse est écrasant, se prêtait à une intensité dramatique évidente… Le traitement presque fantasmagorique du sujet, reposant sur des images graphiquement irréprochables et d’une personnalité superbe, aurait pu, s’il avait été poussé à son terme, donner quelque chose aussi orignal qu’intéressant.

 

Seulement Zack Snyder, à force de concessions aux poncifs du péplum classique où les personnages sont fortement modernisés dans leurs sentiments et dans leurs attitudes, en perd la force originelle de la bande dessinée de Miller. On retrouve donc toute une partie du film, rapidement mise en parallèle avec l’action principale des Thermopyles, nous inventant une histoire de femme forte (rappelant à tous points de vue les figures féminines des succès récent du genre), confrontée à un très vilain traître de politicien corrompu, le tout absent de la BD et totalement inepte. Le rythme du film en souffre de façon insupportable, sombrant du coup dans une banalité bancale et perdant toute la force visuelle de la bataille.

 

Car ce qui se passe entre les 300 spartiates et l’envahisseur n’est pas dénué d’intérêt. L’aspect purement visuel, bien sûr, mais également le parti pris de l’exagération propre au style BD, la surenchère de puissance déployée par l’adversaire, nous tiennent malgré tout éveillé, en attente du morceau de bravoure suivant. Mais à force d’enfoncer le clou du patriotisme virile et de la brutalité extrême, le tout sans la moindre nuance, sans le moindre recul, avec des personnages aussi peu crédibles que le capitaine de Léonidas (héro spartiate, mais qui pleure quand même son fils !), avec ses constant aller-retour vers une intrigue secondaire insipide, on finit par regretter ferme d’être allé voir ce énième péplum surfant sur la popularité actuelle du genre.

Là où Troie, ou surtout la Série Rome, arrivent à nous plonger dans un autre temps, un monde paraissant civilisé et barbare, proche et lointain dépaysant et riche, 300 n’est qu’un défilé sanglant de chippendales en slip et cape rouge, reposant en dernière analyse sur des valeurs pour le moins douteuses par les temps qui courent : en gros, méfiez-vous des politiques et soyez prêts à donner votre vie et celles de vos proches pour endiguer la barbarie immonde et décadente venue d’orient ! M. Bush applaudirait des deux mains !

 

Vos commentaires

1 Le Mercredi 4 Avril 2007 à 11:37 GMT+2, par Ioucounou

Pour aller un peu plus loin, je donne un lien vers un article du Monde Diplo où l'auteur pousse encore la critique de l'aspect "politiquement nauséabond" du film... Confirmé par une interview de Miller, l'auteur de la BD.

blog.mondediplo.net/2007-...

2 Le Vendredi 30 Novembre 2007 à 19:12 GMT+2, par vuhujamo

J'aimais bien la BD...
... aimais puisque maintenant je me pose la question sur le discours derrière.

La dimension politique y est moins présente que dans le film et je l'avais plutôt abordée comme étant un récit bourrin d'un combat desespéré comme les affectionne Miller.

Ensuite les critiques disent que le propos de Miller est nauséabond (et si on accepte leur démonstration, je le pense aussi), par contre je ne connais pas une histoire de Miller qui soit vraissemblable, humaniste, ou pondérée.

Je trouve le film mauvais (il aurait dû s'en tenir au script de la BD), et la BD est à prendre, comme tout autre récit de Miller, au "Nième" degrè.

3 Le Lundi 3 Decembre 2007 à 16:23 GMT+2, par Ioucounou

Je comprends parfaitement que l'on soit sensible à ce que fait Miller en BD.

Moi le premier, j'adore Sin City.

C'est juste que le nihilisme appliqué au polar fonctionne très bien, mais sur un fond politique, on arrive à quelque chose qui ne me ravit pas...

4 Le Vendredi 18 Janvier 2008 à 16:23 GMT+2, par dasim

Oui mais ça fait chier...

une petite citation du type, quand même :
Le 9 mars 2006, Frank Miller a fait part de son soutien à la politique menée par les néo-conservateurs sur la radio américaine NPR (National Public Radio). On pourra l'écouter sur le site néo-conservateur Little Green Football [1] ou trouver sa retranscription sur The Atlasphere [2]. Sur la question de la seconde guerre irakienne, on l'entendra ainsi déclarer: « La plupart du temps j'entends les gens demander: "Pourquoi avons-nous attaqué l'Irak? ", par exemple. Bien, nous prenons une idée. Personne ne demande pourquoi, après Pearl Harbor, nous avons attaqué l'Allemagne nazie. C'était parce que nous étions confrontés à une forme de fascisme global: nous faisons la même chose aujourd'hui ». De son point de vue, l'Amérique manque de fermeté face à un ennemi qu'il ne nomme pas : « Il me semble évident que notre pays et tout le monde occidental sont en conflit avec un ennemi qui sait parfaitement ce qu'il veut - et nous nous comportons comme un empire qui s'effondre. Les cultures puissantes ne sont presque jamais conquises, elles s'éffritent de l'intérieur. Et franchement je pense que beaucoup d'américains se comportent comme des enfants gâtés (...) »

Comme dit vuhujamo, tout récit de Miller est à prendre au Nième degrés. Mais ça va être difficile de faire abstraction de tout ça en découvrant ses futurs travaux. Et donc ça fait chier. Tu me diras, aprés tout je lis bien tout ce que fait Dantec. Mais justement, je suis pas une poubelle, non plus, je vais pas me mettre à lire que des livres écrits par des tarés d'extrème droite pour le vague intérêt (ethnologique ? psychanalytique ? masochiste ?) que ça présente.

Et pendant ce temps là, Pratchett a la maladie d'alzheimer: www.lostinbrittany.org/do...

Et pendant ce temps là, Stephen King, qui avait promis d'arrêter d'écrire, sort un nouveau livre:
www.stephenking.co.uk/syn...

On est dans la mouise, je vous dis, la grosse mouise...

Autres publications sur le sujet

Aucune référence pour le moment.

Cet article ne peut faire référence à d'autres publications.

Commenter cet article

*


Pour être sûr... combien font 3 + 4 ? *

Se souvenir de moi


Les champs marqués d'un * sont obligatoires
Votre commentaire sera affiché en texte brut à l'exception des liens

 

Créer un blog sur MaBulle. | C.G.U. - Copyright | Signaler un abusContacter l'auteurVisiter le blog parrain http://peussecsurlatoile.mabulle.comVoir des blogs de la thématique: Autre thématique