Le week end dernier...
... je suis allé avec mes enfants à un festival de théâtre jeune public.
Cela s'appelle Le P'tit Strapontin et cela se passe tous les ans à Petit Couronne, en banlieue rouennaise. Je connais bien, c'est la Cie Commédiamuse, où travaille la mère de mes enfants, qui organise. Forcément, ça aide à y aller tous les ans...
Sur une semaine sont proposés des spectacles allant de la marionnette à la danse contemporaine en passant par le conte et le théâtre. Toutes formes de spectacles vivants adaptés au public visé, c'est-à-dire les enfants. Certains sont même accessibles aux petits bouts à partir de 3 ans. D'où la présence de mon cadet (cf. le billet du 9 de ce mois) !
C'est chaque année de mieux en mieux. A tous points de vue. On sent maintenant franchement l'ambiance d'un festival, comme pour les grands, sauf que c'est pour les petits.
Entre les deux salles disponibles, la Rotonde, 80 places, lieu de résidence de Commédiamuse, et le Sillon, 200 places, théâtre municipal, on accompagne ses enfants au sein d'un formidable dispositif d'éveil à une approche raisonnée et critique de la culture.
Ainsi, tout un travail d'accompagnement est mis en place par les enseignants de l'école de théâtre, permettant aux apprentis spectateurs de tenir un journal, y consignant leurs souvenirs et leurs ressentis. On les met en contact avec les artistes après le spectacle en animant des rencontres et des échanges. On dépasse le rôle de consommateur passif dans lequel notre société tend à nous enfermer pour atteindre celui d'acteur de la vie culturelle, critique et reconnaissant, éveillé et attentif.
Tout cela se déroule dans une atmosphère conviviale et festive, avec un espace chaleureux et interactif aménagé dans les locaux du Sillon. Installations artistiques y côtoient des parents confortablement installés dans un coin lecture, entourés d'enfants à l'écoute. Une jeune et talentueuse dessinatrice de BD (bon, je la connais bien et alors ? Je peux quand même dire qu'elle est talentueuse, non ?) y installe chaque année son atelier, dessinant presque en temps réel les spectacles proposés ! Bref, un lieu plein de vie et de culture.
La programmation, enfin, est audacieuse. On est loin, ici, du spectacle facile où l'on fait hurler les bambins en guise d'interactivité, où l'on ressasse les mêmes thèmes sans un gramme de réflexion dedans. On prend des risques, et on y amène les enfants. Cela ne les déstabilise pas pour autant. Les parents, à la rigueur, mais les enfants entre dans tout univers sincère où l'on veut bien les amener. C'est ainsi que mon fils de trois ans a découvert cette année la danse contemporaine à travers un travail de la Cie rouennaise Etant Donnée, en résidence à Commédiamuse. Court, simple, poétique, mêlant danse et vidéo. Le public a spontanément adhéré, à sa façon enfantine, bien sûr, mais n'est-ce pas là le but ?
Je n'ai malheureusement pas pu profiter de l'intégralité du programme... puisque Véro travaillait là, avec ma grande fille de sept ans en festivalière permanente et passionnée, j'ai du me plier au rythme plus modeste de mon bout d'chou !
J'ai tout de même pu voir Balle Rouge, par la Cie Le Chat Pitre. Une pure merveille de magie visuelle doublée d'une histoire aussi simple que touchante de rencontre, de naissance, de séparation. Une très belle métaphore de ce qui relie les êtres, de ce que l'on donne à ses enfants... Et tout cela avec quelques morceaux de mousses animées avec talent et, bien sûr, la fameuse balle rouge, servant finalement de médium magnifique entre l'auteur et son publique. J'ai rarement vu une pièce s'adresser avec autant d'intelligence et de subtilité à ses jeunes spectateurs.
Finalement, dans le contexte actuel, cette journée m'amène à penser que si tout cela est évidement formidable pour l'éveil des esprits, pour former des individus ouverts à toutes formes d'expressions artistiques, critiques et éclairés, ce n'est pourtant pas le genre de citoyen que l'on cherche aujourd'hui à voir sous nos cieux néolibéraux...
Tout cela coûte de l'argent.
Tout cela ne fonctionne que grâce à des subventions publiques, donc est le fruit d'une volonté politique.
Tout cela n'est pas rentable, n'est pas profitable, ne rentre pas dans le moule du marché et de la concurrence.
Pour accepter de tels événements, il faut vouloir faire autre chose que de futurs employés soumis et dociles, corvéables à souhait.
Cette approche de la culture s'inscrit dans une vision de la civilisation située à l'opposé de celle de la droite dure qui vient d'accéder au pouvoir.
Il est temps de rappeler cette évidence souvent oubliée : droite et gauche ne proposent pas du tout la même vision de l'homme et de la culture.
Par Ioucounou, Mardi 15 Mai 2007 à 11:55 GMT+2 dans Humeurs et bavardages (article, RSS)




















