DOL, de Philippe Squarzoni
Voilà une bande dessinée dont la lecture vous secoue en profondeur, de manière salutaire et énergique ! Dans cette période politique où tout est trouble, faussé, brouillé, c'est un ouvrage d'utilité publique.
On pourrait sous-titrer cela « le néolibéralisme pour les nuls », mais ce ne serait pas lui rendre justice.
En effet, il y a bien dans DOL la volonté d'expliquer, de transmettre le fruit de recherches précises et détaillées, de rendre la situation politique actuelle claire et compréhensible par tous.
Mais c'est bien plus.
DOL appartient à ce mouvement de la BD qui considère ce médium comme ne se limitant pas à la narration, mais comme support littéraire aussi ouvert que la littérature. Dans le genre, il faut lire Etienne Davodeau et ses documentaires comme Rural ou Les mauvaises gens, dont je reparlerai ici à l'occasion.
Squarzoni, pour sa part, tente ici quelque chose d'hybride, rencontre entre le journal intime, l'essai et le reportage politique. Et c'est en auteur de BD qu'il nous fait partager son angoisse et sa révolte (il ne se cache d'ailleurs pas de militer à ATTAC). Par analogie, par associations d'idées, en plongeant dans son imaginaire visuel, dans ses références générationnelles. On voit ainsi cohabiter dans la même planche Sarkozy et Dark Vador, Fillon et l'agent Smith de Matrix. C'est parfois drôle, parfois tragique. Dans tous les cas, cela rend le propos personnel, honnête dans sa partialité, frappant.
Mais derrière cette forme audacieuse et vivante, il y a un vrai travail de recherche.
L'auteur nous fait partager en BD les interviews qu'il a menées auprès de gens comme Serge Halimi (c'est lui : http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Halimi), Michel Husson (c'est lui : http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel_Husson), et bien d'autres. Ces invités nous présentent tantôt des analyses, tantôt des témoignages (ceux des journalistes politiques de France Info sur la période d'hystérie collective ayant précédé le 21 avril 2002 sont édifiants !).
Tout cela s'enchaîne de façon étonnamment limpide, et il est difficile de décrocher malgré l'importance du volume (environ 300 pages !).
Tant sur la forme que le fond, DOL est une expérience marquante, du genre de celles qui vous donnent envie d'agir, de ne pas vous laisser faire. De reprendre la parole.
Et ça commence dimanche prochain...
Par Ioucounou, Mardi 5 Juin 2007 à 15:48 GMT+2 dans Livres (article, RSS)



















