ACOUPHENES, la rumeur du monde

Plus de bruit !

 

La stratégie est maintenant éprouvée, et le Président-gouvernement (il est en effet aujourd'hui difficile de les dissocier, pour le plus grand malheur de la démocratie !) en use et abuse avec talent et acharnement.

En quoi cela consiste-t-il ? C'est incroyablement simple. Et c'est pour cela que c'est aussi efficace.

On pourrait appeler cela la tactique de l'écran de fumée, ou bien comparer cela à ces scènes classiques des films d'espionnages où un personnage sachant la pièce sous écoute met de la musique avec un volume suffisamment important pour masquer les secrets qu'il a à dire... C'est tout.

Dans le cas qui nous intéresse, à savoir la société française, son économie, ses lois, l'écran de fumée porte le doux nom d'« ouverture ». Il s'agit de faire croire que l'on veut partager le pouvoir avec ses adversaires. Cela n'a que des avantages.

D'abord, on passe pour un gentil : c'est plutôt sympa de partager, surtout avec l'ennemi !

Ensuite, cela ajoute à la confusion déjà importante dans les esprits de nos concitoyens qui se disent depuis pas mal de temps : « ... de toutes façons, c'est tous les mêmes, cul et chemise ! Bonnet blanc et blanc bonnet ! De toutes manières, tous des pourris ! ». Ce genre d'électeur, soit il s'abstient, soit il vote Le Pen... Donc maintenant Sarko.

Et puis cela met à mal l'adversaire que l'on paraît accueillir avec bienveillance : dissensions internes, obligations de prise de position, exclusions du parti, etc.

Et enfin, le plus important sans doute : pendant que l'on parle de ça, on ne parle pas des sujets qui fâchent ! C'est la grande force du sarkozisme, ce qui lui a permis de passer du rang de raté de la politique, traître sans aucun bilan à son actif, à celui de présidentiable, puis de président. Brasser de l'air, soulever de la poussière, orienter les regards et obliger les journalistes à s'y plonger même contre leur volonté. C'est un cercle vicieux : cela fait du bruit, donc on en parle, donc je dois en parler aussi si je ne veux pas que mon chef me tombe dessus parce que je suis à côté de la plaque. C'est aussi simple que cela.

On en arrive donc à l'essentiel : qu'y a-t-il derrière la fumée ? Que s'acharne-t-on à dissimuler de la sorte ?

La liste est longue. En gros : tout ce qui paraitrait inacceptable pour une part suffisamment large de l'opinion pour déclencher un conflit social.

Il s'agit d'éviter un véritable débat démocratique dont pourrait s'emparer l'opposition si elle avait une tribune pour cela, empêcher toute résurgence de discours qui rentrerait en conflit frontal avec la nouvelle idéologie dominante et neutraliser le PS avec des batailles internes de personnes.

Sinon, imaginez le 20h ouvrant sur : « Réforme de la fonction publique : 17 000 suppressions de postes dans l'Education Nationale ».

Ou des enquêtes sur la réception de la franchise sur les soins médicaux dans les milieux populaires... mis en parallèle avec les nombreux cadeaux fiscaux (aux entreprises, aux grandes fortunes, pour les successions,...) !

Et les 800 enseignants d'université qui ont fait une pétition contre le projet de réforme aberrent du gouvernement.

Et la catastrophe annoncée de l'ouverture de l'énergie à la concurrence !

Et le splendide contrat de travail unique qu'on nous prépare !

Et la remise en cause du droit de grève...

Non, non, non ! Il vaut décidemment mieux parler de l' « ouverture » offerte par notre Maître Vénéré !

Occupé le terrain. Avec n'importe quoi. Ça a marché pour se faire élire, pas de raison que ça s'arrête...

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The Good Shepherd (Raison d'Etat), de Robert De Niro

 

 

Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. Jean 10:11

Ce n'est pas le sermon de la semaine, mais une citation qui me semble éclairer le superbe second film réalisé par Robert De Niro, The Good Shepherd, hélas distribué en France sous le titre Raison d'Etat...

17 avril 1961. Le plus célèbre fiasco de l'histoire de la politique extérieure des Etats-Unis : l'invasion manquée de Cuba, orchestrée par l'une des plus puissantes organisations de renseignements au monde, la CIA. Edward Wilson (Matt Damon), responsable des « black ops » (opérations spéciales), doit assumer cet échec. Les cubains savaient où aurait lieu le débarquement. Il y a une taupe très haut placée dans l'Agence.

De ce point de départ suffisamment intense pour nous immerger aussitôt dans cette période de Guerre Froide, va découler un jeu d'allers-retours entre ce présent où une intrigue doit se dénouer (d'où vient la fuite ?) et le passé du personnage dont le film sera un biopic. Wilson, depuis 1945, moment où il intègre la fraternité très ancienne des « Skull and bones », jusqu'à 1961, nous fait vivre une page de l'histoire des Etats-Unis. Ce subtil mélange de portrait et de thriller politique va être l'occasion d'une vertigineuse plongée dans les arcanes d'un monde prodigieusement complexe, paranoïaque, à la fois coupé du monde et assez puissant pour le contrôler. Ou presque.

Dans la lignée des grandes fresques classiques du cinéma américain, De Niro aborde son sujet d'une façon aussi sobre que fine, simple sans être sèche, lyrique juste ce qu'il faut pour ne jamais voler la vedette à son sujet, dont on sent en permanence qu'il l'habite. L'Histoire rencontre sans cesse l'histoire. La naissance de la CIA et les débuts de la Guerre Froide, jamais relégués au rang de toile de fond, s'entrelaçant avec la vie de cet être énigmatique, campé par un Matt Damon comme je ne l'avais jamais vu, tantôt touchant dans sa version maladroite du père absent, mais la plupart du temps d'une froideur et d'une opacité impénétrables.

Le reste du casting, avec apparitions de vétérans (Pesci et De Niro himself !), est à l'avenant : John Turturro, William Hurt, Billy Crudup,... Avec une mention particulière tout de même pour un Alec Baldwin qui effectue une beau retour, après sa prestation dans The Departed de Scorcese...

Ne cherchant jamais le dépouillement total, l'acteur-réalisateur nous ménage, au milieu de la trame hypnotique de son histoire, quelques moments d'une beauté simple dont l'émotion est d'autant plus forte qu'elle est diffuse et contenue. En tous cas, ça marche très bien sur moi...  il faut dire qu'il touche un point faible !

Mais The Good Shepherd vaut surtout pour la vision extrêmement intéressante de ces hommes en gris sinistres bergers aux motivations difficiles à cerner et qui pourtant tire les ficelles d'événements capitaux pour l'humanité. L'esprit de devoir se mêle à celui de sacrifice pour la défense d'une supériorité idéologique totalement intériorisée, élevée au statut de culte.

Troublant.

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