ACOUPHENES, la rumeur du monde

The Good Shepherd (Raison d'Etat), de Robert De Niro

 

 

Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. Jean 10:11

Ce n'est pas le sermon de la semaine, mais une citation qui me semble éclairer le superbe second film réalisé par Robert De Niro, The Good Shepherd, hélas distribué en France sous le titre Raison d'Etat...

17 avril 1961. Le plus célèbre fiasco de l'histoire de la politique extérieure des Etats-Unis : l'invasion manquée de Cuba, orchestrée par l'une des plus puissantes organisations de renseignements au monde, la CIA. Edward Wilson (Matt Damon), responsable des « black ops » (opérations spéciales), doit assumer cet échec. Les cubains savaient où aurait lieu le débarquement. Il y a une taupe très haut placée dans l'Agence.

De ce point de départ suffisamment intense pour nous immerger aussitôt dans cette période de Guerre Froide, va découler un jeu d'allers-retours entre ce présent où une intrigue doit se dénouer (d'où vient la fuite ?) et le passé du personnage dont le film sera un biopic. Wilson, depuis 1945, moment où il intègre la fraternité très ancienne des « Skull and bones », jusqu'à 1961, nous fait vivre une page de l'histoire des Etats-Unis. Ce subtil mélange de portrait et de thriller politique va être l'occasion d'une vertigineuse plongée dans les arcanes d'un monde prodigieusement complexe, paranoïaque, à la fois coupé du monde et assez puissant pour le contrôler. Ou presque.

Dans la lignée des grandes fresques classiques du cinéma américain, De Niro aborde son sujet d'une façon aussi sobre que fine, simple sans être sèche, lyrique juste ce qu'il faut pour ne jamais voler la vedette à son sujet, dont on sent en permanence qu'il l'habite. L'Histoire rencontre sans cesse l'histoire. La naissance de la CIA et les débuts de la Guerre Froide, jamais relégués au rang de toile de fond, s'entrelaçant avec la vie de cet être énigmatique, campé par un Matt Damon comme je ne l'avais jamais vu, tantôt touchant dans sa version maladroite du père absent, mais la plupart du temps d'une froideur et d'une opacité impénétrables.

Le reste du casting, avec apparitions de vétérans (Pesci et De Niro himself !), est à l'avenant : John Turturro, William Hurt, Billy Crudup,... Avec une mention particulière tout de même pour un Alec Baldwin qui effectue une beau retour, après sa prestation dans The Departed de Scorcese...

Ne cherchant jamais le dépouillement total, l'acteur-réalisateur nous ménage, au milieu de la trame hypnotique de son histoire, quelques moments d'une beauté simple dont l'émotion est d'autant plus forte qu'elle est diffuse et contenue. En tous cas, ça marche très bien sur moi...  il faut dire qu'il touche un point faible !

Mais The Good Shepherd vaut surtout pour la vision extrêmement intéressante de ces hommes en gris sinistres bergers aux motivations difficiles à cerner et qui pourtant tire les ficelles d'événements capitaux pour l'humanité. L'esprit de devoir se mêle à celui de sacrifice pour la défense d'une supériorité idéologique totalement intériorisée, élevée au statut de culte.

Troublant.

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