No country for old men, d'Ethan et Joël Cohen
Le film qui éclipse tous les autres films à l'affiche.
Le film qui éclipse tous les autres films des frères Cohen.
Bon, je vais essayer de garder mon calme... on m'a déjà assez reproché que trop d'enthousiasme génère des déceptions !
Alors il y a un mec qui trouve aux confins du désert texan le reliquat d'une tuerie entre mafieux : des cadavres, de la drogue, et une valise pleine de dollars. Il décide de garder la valise pour offrir, à lui et à sa petite femme qu'il aime, une vie meilleure.
Il y a un autre type, vraiment pas net celui-là, qui sillonne le pays en laissant des cadavres partout où il passe. Pas de chance, il est chargé par les mafieux de récupérer l'argent.
Et puis il y a enfin un vieux shérif fatigué mais très malin, qui va essayer de régler tout ça.
Bien évidemment, on est face à une histoire puissante, parfaitement adaptée par les deux frangins, orfèvres du scénario taillé au micromètre et génies de la réplique imparable qui vous donne envie de la réentendre aussitôt pour mieux la savourer. Depuis le génial Blood simple, ils ont perfectionné leur art jusqu'à un niveau où l'art ne se voit plus. Ce qui est le gage d'une sorte d'achèvement, je trouve.
Bien évidemment, leur mise en scène a parcourue le même chemin, se simplifiant, s'épurant, se décentrant d'elle-même pour se concentrer sur son sujet, se détachant du plaisir ludique, de l'astuce puéril même si jouissive, pour atteindre une sorte de maîtrise calme et sûre où tout est au service de l'histoire, des personnages, du sens, des questions posées et laissées sans réponses.
Et c'est là qu'est la nouveauté. Au-delà de la maîtrise totale de la forme, d'un tueur psychopathe mémorable et glaçant de démence retenue (Javier Bardem, impressionnant), un Tommy Lee Jones profondément touchant et des rebondissements haletants, les frères Cohen nous servent cette fois davantage qu'un divertissement. C'est jusqu'ici ce qu'ils faisaient. Avec brio et dans le très haut de gamme, certes, mais il manquait, à mes yeux, toujours ce petit quelque chose en plus qui fait que vous continuez de penser à un film bien après la fin du générique. Cette plus-value de sens, ce discours sur le monde, on le trouve dans No country for old men.
On ressort de la salle bouleversé par la noirceur du propos, par l'aporie du discours tenu. Ce monde qui est le nôtre et qui, à l'époque où se situe l'action, n'en était encore qu'à ses débuts, dans une phase de transition, est crépusculaire. C'est un monde où les repères sont brouillés, où le mal est radical parce que possédant une rationalité monstrueuse mais bien réelle. Et ce qui glace le sang, c'est que le vieil homme du titre est abandonné à son incompréhension. Et le spectateur avec. Aucune morale, aucun espoir ne résistent aux dernières scènes du film. On reste stupéfait, au sens propre. Un état mêlé de peur et de choc, d'inquiétude et d'étonnement.
Le cinéma comme je l'aime : l'art de donner beaucoup à penser à travers une bonne histoire.
Par Ioucounou, Lundi 18 Fév 2008 à 14:32 GMT+2 dans Cinéma (article, RSS)



















