Redacted, de Brian De Palma
Le conflit n'est pas encore terminé que les films sur la guerre en Irak se multiplient. Ce sera bientôt, comme pour le Vietnam, une sorte de passage obligé pour les ténors du cinéma d'outre-Atlantique.
Avec Redacted, c'est De Palma qui s'y colle. Et c'est plutôt une réussite.
Le propos n'est pas non plus de nous dire qu'on nous ment, qu'on nous manipule. Ce n'est plus à prouver. Il s'agit uniquement de réfléchir aux médias d'aujourd'hui et à l'usage que nous en faisons. Comment réagissons-nous face à la profusion de points de vues sur ces événements lointains. Comment l'information circule dans cet enchevêtrement complexe de moyens variés, certains aussi libres que les autres sont contraints.

Nulle scène de guerre ici. Pas de fusillade haletante ou violente. Ou très peu. Juste une bande de biffins n'ayant pour mission que le contrôle d'un barrage routier dans Samarra. Tâche aussi statique et ennuyeuse qu'elle est potentiellement dangereuse et anxiogène. Ces soldats sont des cibles vivantes et immobiles pour les rebelles aidés d'une population malmenée de la pire façon.
Il s'agit de nous donner à comprendre par quel processus cette situation va mener un petit groupe de ces hommes à se conduire de façon barbare en violant, puis assassinant une adolescente irakienne, après avoir massacrée sa famille.
Alors, évidemment, on a droit à tout ce qu'on imagine déjà sans mal : profiles psychosociologiques des jeunes G.I., scène traumatique poussant à la haine de l'ennemi.
C'est déjà vu et revu, y compris par De Palma lui-même dans Outrages, d'ailleurs.
Mais l'intérêt de Redacted est, comme je le disais plus haut, dans le traitement de l'information.
Les faits réels dont est inspiré le film n'ont pas été médiatisés, bien sûr. Alors le réalisateur a du enquêter. Et ce qu'il a trouvé, et surtout comment il l'a trouvé, apparaît à l'écran comme un patchwork de sources étonnant : des infos officielles (celles des deux côtés !), des films amateurs, un documentaire français très esthétisé, des écrans internet allant du blog à des sites de propagande islamiste en passant par youtube, des caméras de surveillance, et j'en oublie ! Cela donne quelque chose de saisissant. D'autant qu'on perçoit un décalage entre la narration scénarisée de façon plutôt classique et cette mise en scène qui à elle seule porte tout le sens du film.
Au final, le projet atteint son but : on sort remué ( en même temps, le diaporama d'images réelles avec grand renfort de violons de la fin y joue pour beaucoup !), mais surtout avec une impression tourbillonnante de questions, non pas sur la guerre, mais sur notre position face à cette profusion d'images qui nous arrivent de toutes parts. Il n'y a pas d'échappatoire : nous savons ou pouvons savoir, preuves à l'appui, ce qui se passe là-bas et ailleurs. A chacun de se demander quelle attitude doit en découler.
Par Ioucounou, Jeudi 28 Fév 2008 à 16:07 GMT+2 dans Cinéma (article, RSS)



















