Qui est Alvaro Uribe ?
Certainement pas un gentil démocrate pourfendeur de méchants terroristes, en tous cas !
Voilà, en résumé, ce que les grands médias ne mettent pas forcément en avant. En tous cas, certainement pas CNN ou Fox News !
Uribe est a été réélu, après quelques bidouillages de la constitution sans lesquelles ce n'était pas possible, à la tête d'une coalition alliant les ultralibéraux à l'extrême droite. Avec 62% d'abstention. Parce qu'Uribe, ancien étudiant d'Harvard, c'est la bête noire des indigènes de Colombie.

Il commence sa carrière politique à Medellin, sa région natale, où son père a été tué par les FARC quand il était enfant. Et oui, la Medellin du fameux Cartel de Medellin, avec Escobar et tout... Il faut savoir qu'Uribe est fortement soupçonné d'avoir parti lié avec ledit Cartel. Il est d'ailleurs fiché ainsi dans les listes de l'Agence de renseignement de la Défense de ses propres alliés, les USA, avant son élection à la tête de l'Etat : « Homme politique et sénateur colombien, collabore avec le Cartel de Medellin (...). Uribe a été impliqué dans des activités de narcotrafic aux Etats-Unis ». Il est aujourd'hui suspecté d'alliance de longue date avec les groupes paramilitaires qui font régner la terreur des les campagnes sous couvert de lutte contre la guérilla FARC, auteurs d'innombrables exactions, meurtres crapuleux ou politiques, pillage et répression. Un tiers du congrès colombien actuel est poursuivi en justice pour liens avec ces milices. Sur ce tiers, 90% sont uribistes.
Sans allé jusqu'à spéculer sur les intérêts que les USA ont pu avoir à ce qu'une personnalité comme celle-ci gouverne un pays aussi stratégique que la Colombie (et du même coup leur intérêt à fermer les yeux sur le passé embarrassant d'Uribe) , le fait est qu'après les attentats du 11 septembre, les FARC furent catalogués « groupe narcoterroriste » dans la cadre de la grande croisade de l'axe du bien contre l'axe du mal ! Le Plan Colombie étasunien attribue donc au pays, en plus de l'aide logistique, une enveloppe de 300 millions de dollars.
Voilà. Ou comment transformé un pays ayant du mal a émergé de décennies d'impérialisme des USA en Etat policier, tout entier dédié à maintenir un point d'encrage aux intérêts US dans une région basculant lentement mais sûrement à gauche.
Et les FARC ? Une force d'opposition armée depuis 40 ans, restes de la lutte, dans le cadre de la Guerre Froide, des peuples voulant s'émanciper de la tutelle impérialiste. C'est une organisation politique militaire, une force avec laquelle on peut négocier. La prise d'otage, ayant pour but le rançonnement, est un moyen de financement. Ses cibles sont politiques. Ce sont des élus. Mais comme en Irak, au Mexique, en Palestine, en Tchétchénie et ailleurs, on disqualifie systématiquement toute force politique populaire tentant de renverser l'ordre imposé par les grandes puissances du Nord, héritière du colonialisme. Il s'agit d'une guerre civile de libération. La méthode ne date pas d'hier : les résistants du maquis français étaient qualifiés de « terroristes » par le gouvernement de Vichy.
En définitive, Uribe n'est rien d'autre que le chien de garde des intérêts étasuniens dans la région, enchaîné à la Maison Blanche comme l'ont été tant de dictateurs depuis des décennies. Seul le mode opératoire à changer. Quand on est dans le camp des défenseurs de la démocratie et de la liberté, il faut faire bonne figure !
Pour plus d'info sur ce sujet, de nombreux articles sont disponibles en ligne sur le site du Monde Diplomatique et le site RISAL.
Il ya aussi Drogues et antidrogue en Colombie, Institut national des hautes études de sécurité, La Documentation française, Paris, 2005.

Par Ioucounou, Jeudi 6 Mar 2008 à 15:48 GMT+2 dans International (article, RSS)



















