Jeudi 3 Mai 2007
Il n'y a plus qu'à choisir...
Par Ioucounou, Jeudi 3 Mai 2007 à 15:49 GMT+2 dans Politique
Les choses sont maintenant en place.
Hier soir, comme beaucoup de français, un peu angoissé par ce qui va se passer dimanche, j'ai commis un écart vis-à-vis de mon horaire de couché habituelle.
Comme beaucoup de gens de gauche, inquiet de la capacité de la candidate socialiste à faire face à la bête de scène qu'est Sarkozy, je tremblais en me souvenant de son intervention du soir du premier tour, sidérante par son manque de force de conviction. Je la voyais déjà bafouillante et hésitante, laminée par la puissance démagogique du ministre de l'intérieur.
A ma grande surprise, ce n'est pas du tout comme cela que ça s'est passé.
La dame a bel et bien une stature présidentielle.
Son adversaire, derrière ses tentatives visibles de self-control est bien loin du calme et de la sérénité qu'il aimerait qu'on lui prête.
Voilà déjà qui rééquilibre un peu l'image que les journaux, télés et radios soumis à la pression médiatico-financière de l'UMP s'acharnent à nous inculquer.
Si le « pacte présidentiel » de Royal ne me convainc guère plus qu'avant le débat, il est par contre évident, après confrontation directe, que c'est de très loin un moindre mal comparé aux intentions de la droite.
En effet, derrière le masque consensuel brandi par le candidat de l'UMP, nous avons droit à une vision du monde qu'un article du Monde Diplomatique de l'an dernier qualifiait de droite « décomplexée ». Après les années de tâtonnement, de harcèlement et de guérilla, c'est l'assaut général.
Il nous parle de valeur travail, pour mettre en place l'asservissement généralisé de la main d'œuvre au profit du capital financier libéralisé.
Il nous parle d'égalité pour justifier des baisses d'impôts directs profitables... à ceux qui en payent beaucoup, bien évidemment !
Revers de la médaille, il faut faire des coupes dans les dépenses de l'Etat ! Qu'à cela ne tienne ! Il nous parle alors de dette, d'une France qui vit au-dessus de ses moyens, autant de contrevérités habituelles, maintenant bien intégrées, visant à justifier le modèle néolibéral de l'économie, profondément inégalitaire.
Je ne discute pas ici la validité de ce projet de société. Mais si le candidat Sarkozy l'avançait sans masque, il ne ferait pas 30% des suffrages au premier tour !
Qui peut croire une seconde qu'il n'y a qu'à demander à son patron des heures supplémentaires pour en obtenir ?
Qui peut imaginer que l'on va prendre en compte chaque citoyen dans ses difficultés en remplaçant l'impôt direct par de la TVA, en appliquant à tous une franchise sur les premiers soins et le ticket hospitalier, en réduisant les services publiques pour les livrer progressivement au marché privé ?
Derrière le sourire tantôt mielleux, tantôt carnassier, du candidat de la droite, ce n'est rien d'autre que l'application à la France des recettes imposées par le FMI aux pays d'Afrique et d'Amérique Latine qu'on nous propose ! C'est l'arraisonnement de l'ensemble des biens matériels et humains de la planète sans autre loi que celle du sacro-saint profit, de la sacro-sainte croissance magique dont la main invisible nous mènera toutes et tous vers le bonheur de l'humanité.
Il est vrai qu'à côté de cela, les propositions de Ségolène Royal, toutes sociales démocrates qu'elles puissent être, font figure de bouffée d'air. Quand la France, tant bien que mal, tente de garder la tête hors de l'eau, dans l'océan du capitalisme mondialisé, l'UMP vient gentiment nous accrocher des boulets aux pieds. Pour les décideurs de l'économie néolibérale, on ne coule jamais assez vite...
J'ai beau savoir que la petite comédie que nous sert sans discontinuer et depuis plusieurs mois Nicolas Sarkozy porte toujours ses fruits, ce débat ne m'en donne pas moins l'espoir qu'un pan du voile est tombé hier soir.
Royal n'est pas une bécasse maladroite mais une femme politique combative.
Sarkozy n'est pas la force tranquille et la compétence incarnées mais un grand communiquant capable d'être en difficulté lorsqu'on appuie là où il faut.
C'est maintenant clairement posé.
Et rien n'est joué pour dimanche.



















