Deux jeunes femmes visibles derrière des panneaux publicitaires ont attirées mon regard hier.
Pour deux raisons, qui, a priori, n’ont pas vraiment de rapport.
La première s’appelle Ghofrane Maddaoui. Elle a cette semaine le triste privilège, et cela à deux égards, de faire la couverture du magazine Choc.
Triste privilège parce qu’elle est mise en avant à l’occasion du procès devant la Cour d’Assises de ses meurtriers.
Triste privilège parce le magazine en question est l’une des tentatives françaises d’imitation de ce que la presse anglo-saxonne produit de plus vulgaire : le tabloïd.
« Lapidée par jalousie – ses bourreaux jugés le 10 avril. »
Elle nous jette un regard sombre par-dessus son épaule. Tout cela donne un sentiment de tragédie. On est forcément touché.
Que s’est-il passé ? Le procès est en cours, et ni les circonstances du meurtre, ni son mobile ne sont établis par la Justice. Des pierres ont provoquées sa mort. L’un des accusés ayant avoué les faits a prétendu aux enquêteurs, avant de se rétracter, avoir convaincu la jeune femme de l’accompagner chez lui. Puis elle aurait changé d’avis.
C’est tout.
Et on en arrive à : « lapidée par jalousie ».
Au-delà du fait qu’un tel titre présume d’éléments auxquels la Justice n’a pas encore apportée de réponse, c’est le choix du terme de lapidation qui pose le plus de questions.
La lapidation est une méthode d’exécution. Elle implique donc une faute avérée (adultère, blasphème, meurtre, prostitution) et un jugement. Elle renvoie à soit aux civilisations méditerranéennes préchrétiennes, soit à quelques rares Etats appliquant le régime judiciaire de la Charia, comme l’Iran ou le Nigeria. Une telle référence n’est donc pas anodine.
Faire du sensationnel, susciter l’émotion par le choix des mots, c’est le fond de commerce de ce genre de presse, bien évidemment. Mais quand on sait à qui appartient cette presse-là, quand on est en plein contexte électoral, que le discours normal et relayé par les médias nous parle aujourd’hui d’immigration, d’identité nationale, de délinquance génétique, cela fait froid dans le dos. On affiche devant les marchands de journaux rien moins que le fait que, sur notre territoire, certaines zones de non droit permettent à des individus de se livrer librement à des exécutions barbares inspirées de ce qui est par ailleurs stigmatisé comme l’ennemi, l’étranger, l’autre (l’Islam). Comment, sinon, expliquer la lumière mise sur ce fait divers de violence machiste, alors que les quotidiens régionaux fourmillent de fait divers conjugaux, de la femme battue au crime passionnel. Pourquoi une jeune femme nommée Ghofrane Maddaoui et tuée à coups de pierre a-t-elle ce privilège ?
Autre type d’affiche, autre jeune femme.
Une publicité, format abris-bus.
Olivia Ruiz prend la pose pour nous dire « Vivez light ! »… en buvant coca cola, bien sûr !
Issue de la télé réalité, la belle Olivia avait réussi à nous convaincre de la pertinence, et surtout de la sincérité de ses choix artistiques. Elle était la preuve vivante que du populaire/vulgaire/idiot/lamentable – rayez la (les) mentions inutiles… ou pas – pouvait sortir du bon. Elle incarnait la fraîcheur, l’authenticité, le talent, tout à la fois. D’ailleurs, de nombreux musiciens de renom ne s’y étaient pas trompés. Il n’y a qu’à voir la liste impressionnante des collaborations sur son premier album.
Tout ça pour finir par nous vendre du coca.
Et pas avec n’importe quel slogan, par-dessus le marché ! « Vivez light ! »
Il est vrai que beaucoup de choses dans notre société tendent à devenir « light ».
Une campagne électorale light.
Avec de la gauche light dedans (Royal).
Et aussi de la droite light (Bayrou).
Il y a même du fascisme light…
Bref, de la Star Ac à Coca Cola, la boucle est bouclée pour Olivia, et on se demande maintenant si sa musique n’avait finalement d’autre fonction que de rendre nos cerveaux « disponibles », comme dirait ce cher M. Le Lay, afin d’en faire commerce pour des boissons à l’aspartame.
Voilà. Je l’avais bien dit, deux femmes sans rapport.